Portugal

En train au Portugal (depuis la Belgique)

Après deux voyages réussis en train à travers l’Europe, j’avais envie de pousser l’expérience encore un peu plus loin et de rejoindre mon pays de cœur : le Portugal.

Sur le papier, cela paraît simple. En réalité, organiser ce voyage demande un peu de patience : il n’existe pas de moteur de recherche capable de proposer un itinéraire complet, les billets ne sont pas mis en vente au même moment selon les compagnies, et les tarifs peuvent varier énormément.

Voici comment je m’y suis prise.

Première étape : trouver le bon itinéraire

Avant même de réserver le moindre billet, il faut choisir son itinéraire.

En consultant les excellents articles de Seat61, VoyagerEnTrain.fr, Loukian, ainsi que plusieurs guides spécialisés (références en bas de l’article), j’ai rapidement identifié deux grandes possibilités :

  • par l’Atlantique : Bruxelles – Paris – Hendaye – Madrid – Lisbonne (ou via Vigo et Porto) ;
  • par la Méditerranée : Bruxelles – Lille – Montpellier – Barcelone – Madrid – Lisbonne.

J’avais très envie d’éviter le passage par Paris et son changement de gare, trop stressant surtout en début de parcours. Mon choix s’est donc porté sur la seconde option, avec l’objectif d’atteindre Madrid en deux jours.

Deuxième étape : choisir les trains

C’est probablement la partie la plus compliquée. Pour traverser la France et l’Espagne, plusieurs compagnies se partagent les lignes :

  • en France :
    • TGV Inoui, plusieurs trains par jour, mais aux prix parfois élevés
    • Ouigo, le low cost du train mais aux horaires et gares plus improbables (comme un départ à 7h47 du matin de Tourcoing)
    • Intercités de nuit, lents, mais bon marché et qui permettent d’éviter une nuit d’hôtel
  • pour la traversée de la frontière franco-espagnole : TGV Inoui ou Renfe, deux compagnies historiques ;
  • en Espagne :
    • Renfe, la compagnie historique
    • Ouigo España, le pendant espagnol de Ouigo

Le problème est que chaque opérateur ouvre ses ventes à des dates différentes. Il faut donc surveiller plusieurs sites pendant plusieurs semaines avant de pouvoir assembler tout son itinéraire. J’ai commencé mes recherches en mars pour un départ en octobre, mais n’ai pu finaliser la partie « trains » qu’en juin (et les bus en août, mais j’y reviens plus loin).

Les prix : une vraie chasse aux bonnes affaires

Au départ, je pensais prendre le TGV direct Bruxelles–Montpellier. Mais à près de 100 €, j’ai vite cherché une alternative.

En élargissant mes recherches au départ de Lille, j’ai trouvé un Ouigo beaucoup plus intéressant. En combinant ensuite un Renfe jusqu’à Barcelone puis un Ouigo España jusqu’à Madrid, j’ai réussi à construire un itinéraire cohérent pour un prix bien plus raisonnable.

Cette étape m’a confirmé une chose : à quelques heures près et en changeant de gare, les tarifs peuvent être radicalement différents. Il ne faut donc pas hésiter à tester plusieurs gares de départ, plusieurs horaires, voire plusieurs compagnies sur un même trajet.

Et le Portugal ?

C’est paradoxalement la dernière partie du voyage qui est la moins bien desservie.

Aujourd’hui, il n’existe toujours aucun train direct entre Madrid et Lisbonne. Pour effectuer les quelque 625 km qui séparent les deux capitales, il faut enchaîner trois trains avec des correspondances parfois très serrées.

En comparant avec les autocars, le choix est vite devenu évident : plusieurs liaisons directes sont proposées chaque jour, elles sont plus rapides et coûtent souvent entre 15 et 25 € seulement. En attendant la future ligne directe prévue pour la fin de la décennie, le bus reste donc, selon moi, la solution la plus pratique.

Au lieu de prendre le premier bus du matin (qui me permettrait de boucler l’aller en à peine 24 heures), je vais en profiter pour passer une journée complète à Madrid avant de reprendre la route vers Lisbonne : une excellente excuse pour revoir une amie et découvrir un peu plus la capitale espagnole.

Au final, mon aller représente environ 2 600 km sur deux jours, avec 11h40 de train, 7h30 de bus et une nuit à Madrid, pour 95 € de train, 19 € de bus et 62 € de logement.

Et le retour ?

Le retour s’est révélé un peu plus simple… mais pas forcément plus rapide. Comme à l’aller, j’ai choisi de rejoindre Madrid en bus. Les liaisons restent nombreuses, directes et très bon marché, ce qui en fait toujours la solution la plus pratique tant qu’il n’existera pas de train direct entre les deux capitales.

La bonne surprise, en revanche, est que j’ai réussi à trouver un Renfe direct entre Madrid et Nîmes. Cela évite les changements de train en Espagne et simplifie l’organisation.

Malheureusement, les horaires s’enchaînent moins bien que pour l’aller. Le bus de Lisbonne arrivant en fin de journée, j’ai dû prévoir une nouvelle nuit dans la capitale espagnole, ce qui me permet d’y passer également une matinée supplémentaire.

L’arrivée à Nîmes ayant lieu en soirée, il n’était ensuite plus possible de rejoindre Lille le même jour. J’ai donc ajouté une nuit à Nîmes, suivie d’une matinée sur place avant d’embarquer dans un Ouigo direct vers Lille.

Au final, le retour comporte moins de changements de train que l’aller, mais il demande davantage de temps à cause des horaires actuels. C’est un bon exemple des compromis qu’il faut parfois accepter lorsqu’on traverse l’Europe en train : le meilleur itinéraire n’est pas toujours le plus rapide, mais souvent celui qui offre le meilleur équilibre entre prix, confort et simplicité.

Bilan du retour : 2 600 km sur 3 jours avec 12h de train, 7h30 de bus, une nuit à Madrid et une nuit à Nîmes, pour 174 € de train, 9 € de bus et 110 € de logement.

Budget Total

Petit résumé des coûts (pour une personne)

Trains269 €
Bus28 €
Logement (3 nuits)172 €
TOTAL469 €

Quelques conseils

S’il y a une chose que je retiens de cette préparation, c’est qu’un voyage en train vers le Portugal se construit un peu comme un puzzle. Il nécessite de la patience et de l’imagination. Moi, je vois plus ça comme un défi que comme une contrainte.

Quelques conseils qui m’ont été utiles :

  • consultez plusieurs sources d’information : aucun site ne référence tous les trains même si des sites comme Omio ou Trainline peuvent vous donner une idée d’ensemble ;
  • surveillez les dates d’ouverture des ventes, qui diffèrent selon les opérateurs (consulter voyagerentrain.fr qui publie régulièrement les dates);
  • comparez systématiquement les compagnies et les horaires : pour un même trajet, les écarts de prix peuvent être très importants ;
  • n’hésitez pas à combiner trains de jour, trains de nuit et éventuellement bus pour réduire le coût ou la durée du voyage.

Et côté carbone ?

Évidemment, faire 2 600 km à l’aller et autant au retour pose aussi la question de l’impact environnemental. Et puisque mon itinéraire en train et en bus nécessite trois nuits d’étape, autant les inclure dans le calcul.

En utilisant les facteurs d’émission de l’ADEME, j’arrive à un ordre de grandeur d’environ 73 kg CO₂e pour l’ensemble de l’aller-retour : une douzaine de kilos pour les quelque 4 000 km parcourus en train, environ 47 kg pour les deux trajets en bus entre Madrid et Lisbonne et une quinzaine de kilos pour mes deux nuits à Madrid et ma nuit à Nîmes.

À titre de comparaison, un aller-retour Bruxelles–Lisbonne en avion représente environ 630 kg CO₂e par passager.

Et c’est peut-être le chiffre qui résume le mieux l’intérêt de toute cette organisation : même avec les détours, le bus et trois nuits supplémentaires, mon voyage terrestre émet environ neuf fois moins de gaz à effet de serre que le même aller-retour en avion.

Alors oui, il faut davantage de temps et d’argent. Mais ces journées et ces euros supplémentaires ne sont pas forcément perdus : ils m’offrent aussi une journée et demi à Madrid, une soirée et une matinée à Nîmes et, surtout, l’impression que le voyage commence dès que je monte dans le premier train. Il ne me reste maintenant plus qu’à tester cet itinéraire. Je reviendrai vous donner mes impressions.

Documents de référence :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.